Affaires économiques au Mali : Sale temps entre IBK et les patrons

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Le climat délétère entre le sommet de l’Etat et le secteur privé  se traduit par le prolongement de la périodicité de l’organisation de la Rentrée Economique par le Président de la République, Ibrahim Boubacar Kéita. Cela s’est produit suite aux agissements du Conseil National du Patronat du Mali (CNPM), le jeudi 25 juillet 2019, lors de la 3ème édition de la Rentrée Economique, jugée inopportune par le Chef de l’Etat. Au lieu que ce soit annuel, sous la colère, IBK a reprogrammé l’évènement qui se tiendra désormais chaque deux ans pour que « les choses murissent un peu », selon lui.

La guerre déclenchée par le CNPM contre la corruption  a atteint le haut sommet de l’Etat du Mali. Les responsables du Patronat ne modèrent point depuis l’accusation portée par eux sur la personne du président de la Cour Suprême d’être ‘’ le fonctionnaire le plus grand corrompu’’. Chaque occasion est mise à profit pour fustiger l’Etat à travers des dénonciations peu orthodoxes indexant l’appareil judiciaire. La dernière en date  a eu lieu lors de la 3ème édition de la Rentrée Economique. Mais, cette fois-ci, le torchon a pris du feu entre le président IBK et les responsables du secteur privé malien.

Le CNPM active sa  guerre anti-corruption à la rentrée économique

En  présence du président IBK, de grandes personnalités de la République dont le Premier ministre, Chef du gouvernement, ministre de l’Economie et des Finances, les présidents d’Institutions, les membres du gouvernement, les ambassadeurs des pays amis du Mali, les proches collaborateurs du Chef de l’Etat, le monde judiciaire, et de nombreux hommes d’affaires, les responsables du CNPM ont déclaré que le constat des dysfonctionnements au niveau de la machine judiciaire est évident. Officiellement le thème de cette édition portait sur : « La préservation et le maintien de la sécurité juridique et judiciaire des affaires au Mali».

Ayant la charge d’exposer sur le thème, le vice-président du CNPM, Seydou Mamadou Coulibaly, a dénoncé qu’un changement a été porté sur le sujet. Il a précisé que le vrai thème choisi est : « la préservation et le renforcement de la sécurité juridique et judiciaire des affaires au Mali».  Au-delàs de cette précision, le vice-président du Patronat malien a donné des explications détaillées et des définitions éclairées de la sécurité juridique et judiciaire des affaires tout en mettant en cause les pratiques en cours dans notre pays.  Il  a  ensuite déploré l’absence de jurisprudence dans le domaine de la sécurité judiciaire.

« La sécurité des affaires dépend beaucoup de la fiabilité du système judiciaire et du degré de confiance du justiciable à son égard. Aujourd’hui, le constat des dysfonctionnements au niveau de la machine judiciaire est patent. Or en la matière, la question n’est plus de savoir s’il y a de bonnes lois, mais plutôt celle de savoir si elles sont bien appliquées », a fait savoir le N°2 du Patronat malien.

Le président du Patronat, Mamadou Sinsy Coulibaly, n’a pas mâché ses mots. Il a été on ne peut plus clair dans des dénonciations.

« La Rentrée économique, qui nous réunit ce matin, nous offre l’opportunité d’échanger ensemble sur la problématique de la préservation et du renforcement de la sécurité juridique et judiciaire des affaires au Mali. La transformation de la justice est devenue vitale. Un tribunal du commerce est normalement au service de l’économie. Notre tribunal du commerce dans son fonctionnement actuel est un frein au business. Il ne rassure ni les acteurs économiques locaux ni les investisseurs étrangers. Nous devons le reformer pour en faire le tribunal du commerce de nos besoins », a-t-il évoqué.

Avant d’illustrer : « En effet, les entreprises privées, dans leur immense majorité, ressentent une certaine insécurité juridique et judiciaire dans l’exercice de leurs activités économiques. Cette insécurité juridique et judiciaire impacte négativement le climat des affaires et constitue un frein à la volonté des investisseurs étrangers d’investir au Mali ».

IBK sanctionne !

Ces réactions des deux premiers responsables du secteur privé malien ont fait répliquer le président IBK. L’exposé de votre représentant, dit-il, m’a fait interroger. Étais-je, suis-je en rentrée économique ou en séminaire de réforme judiciaire ? S’est questionné le locateur de Koulouba.  Mais toutefois, a-t-il lancé : « C’est tellement bien ajusté. Mais cela, croyez bien  mes chers amis,  que chaque berger conduise son troupeau, l’ensemble se trouvera dans le parc ». Et ce, avant de s’afficher très ferme face aux propos des patrons des affaires économiques du pays, avec des décisions inopinées à la clé.

« Je forme le vœu. L’an prochain quand nous-nous retrouvons ici,  que ça ne soit pas pour nous compatir implacablement… », a-t-il prévenu. Pis, a regretté IBK « je ne sais pas d’ailleurs pour la périodicité, je suis là à m’interroger. Monsieur le Président du CNPM, mes chers amis du privé, est ce que nous sommes réaliste de faire  une évaluation à un an de parcours ?…cela me semble court… Je préfère pour ma part, mes chers paneliste, que nous voyons peut être une revue  biannuelle, tous les deux ans… Je pense que cela aurait plus de sens et enlèverait le côté formel que je sens un peu là… ».

Et de continuer « Au lieu que ce soit chaque année à l’instant T, que nous convenions de donner deux ans pour que les choses murissent un peu, que les choses se mettent en place et on peut mieux apprécier, c’est ce que je voulais dire… Et cela dit, je continue à vous porter toute ma confiance ».

D’importants progrès réalisés selon IBK

Par ailleurs, IBK a noté un parcours élogieux qui confirme d’importants progrès réalisés. Nous avons pu rapidement procéder, selon ses rappels, à la réforme aux fins d’alléger certaines taxes fiscales sur les salaires notamment avec la charge des employeurs et faciliter également l’accès des entreprises à la commande publique, pourvu que cette commande publique a vous confiée nous donne satisfaction quant au résultat, quant au produit fini.

« Je veux bien que les bureaux des ministres, les chaises, les tables, les fauteuils, les mobiliers confiés au secteur privé aient la même qualité de finition si possible que le produit importé. C’est à ce prix-là que vous allez vous même survivre, mais que ce ne soit pas un transfert uniquement au motif de nationalité. Cela n’est pas dans votre intérêt, ni le nôtre. Donc que la qualité soit toujours le souci et qu’elle soit là ». A recommandé  le Chef de l’Etat comme pour mettre en cause les produits du secteur privé national du pays.

Aussi, pour Ibrahim Boubacar Kéita, les preuves ne manquent pas pour confirmer les efforts du gouvernement malien en faveur de la relance économique. « Les faits parlent d’eux-mêmes, les performances du Mali, notamment les résultats macroéconomiques. Un  cadre assaini avec un taux de croissance moyenne de 5 % ; des finances publiques qui tiennent la route ; un taux d’inflation maîtrisé en dessous de la norme UEMOA de 3% ; et des productions cotonnières et céréalières accrues ; la dette en pourcentage du PIB égale à 37% ». S’est-il glorifié.

Moro Diakité

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